7 décembre 2011

Never let me go

Il y a quelques temps, j''entendais des amis parler du film Never let me go de Mark Romanek. Ne l'ayant pas vu moi-même je les écoutais sans intervenir et m'étonnais des réactions diamétralement opposées que ce long métrage provoquait chez ces deux personnes qui, d'habitude, ont plutôt des goûts communs. Le première n'avait pas du tout aimé: trop long, trop lisse, trop plat, trop mièvre, sans intérêt. Le deuxième, au contraire, avait été frappé par la violence des sentiments et des idées abordées, parlant d'un grosse claque qui l'avait fait longuement réfléchir.

Il n'en fallait pas plus pour me donner envie de me mettre sous un plaid avec un chocolat chaud, un soir d'automne, télécommande à la main.

Et... play!


Le synopsis: « Kathy, Ruth et Tommy ont grandi dans un établissement clôt où il était impossible de franchir librement les murs extérieurs, mais où tout été pensé pour leur bienêtre.Leur éducation stricte a formé des citoyens dociles et obéissants. Elevés dans un pensionnat à l’écart du monde, ils vont découvrir qu’ils sont en réalité des êtres dont l’existence a pour unique objectif le don de leurs organes… »

Pour commencer, je dois dire que je comprends parfaitement le point de vu de l'un et l'autre de mes amis car ils ont en effet tout deux raison. Le film est lent, les personnages lisses. On ressent l'envie furieuse de les secouer à partir de la 30ème minute et jusqu'à la presque fin du film (où le mode madeleine larmoyante chez le spectateur s'enclenche). Cependant, la violence des situations qu'ils traversent et les émotions qui les animent ne peut pas laisser indifférent, surtout si comme moi, on a tendance à s'identifier aux protagonistes. Je dirai même plus: derrière l'aspect sentimental, la violence du propos vient spécifiquement de la passivité de nos héros face à leur destin qui est ce qui m'a le plus donné à méditer.

Ce qui frappe en premier lieu dans ce film, c'est son aboutissement visuel et narratif. Moi qui me plaignait récemment de voir trop d'œuvre cinématographique faisant l'impasse sur un bon scénario au profit d'une réalisation ultra léchée, je dois avouer que pour le coup, j'ai été conquise. Il est vrai que Never let me go est adapté du livre éponyme de Kazua Ishiguro, qui a lui même signé le scénario. Ceci explique peut être cela...
En prenant le parti de nous raconter l'histoire de ces trois personnages de l'intérieur, et d'évoluer à leur rythme, l'auteur nous permet de mieux comprendre les mécanismes psychologiques auxquels ils sont soumis, créant une empathie qui n'aurait pas été possible si on avait exposé la situation de but en blanc.

Côté visuel, la palette de couleurs ternes, les paysages sombres, sauvages, magnifiques de la côte anglaise, le pensionnat vieillot, suranné créent une atmosphère très sœurs Brontë, propice aux déchainement existentiels.

Carrey Mulligan est excellente dans son rôle (toujours le même film après film) mutique. Décidément, elle devient incontournable dans le monde du cinéma pseudo-alternatif, c'est à dire commercial mais avec une patte underground/d'auteur. En revanche Keira Kneightley (dont je ne suis décidément pas fan) n'est pas du tout à la hauteur de son rôle qu'elle joue comme à son accoutumé avec trop d'agressivité et sans finesse.

Mais plus que la forme, c'est véritablement le fond qui m'a marquée dans Never let me go.


Cependant comment parler de ce film sans trop en dévoiler? Comment vous donner l'envie de le voir sans vous gâcher le plaisir de la découverte?


L'intérêt principal du choix de la lenteur narrative et de la passivité des héros réside à mon sens à ce qu'il va justement à l'encontre de notre propre culture et éducation. En effet, nous qui avons appris à utiliser le plus possible notre libre arbitre et avons été grandement mis en garde contre toute forme d'endoctrinement, remettant tout et plus en question et préférant la rébellion à une soumission perçue comme un asservissement (le mot dictature n'est d'ailleurs jamais très loin), nous qui avons donc grandit dans cette optique là, comment pouvons nous comprendre la résignation de ces gens face à une vie qui ne leur appartient pas et à une mort injuste, arbitrairement décidée pour eux. Ils ont été éduqué, formaté, en ce sens et sont les produits d'un système qui les conduits à une négation de leur identité. Ont-ils seulement un âme se demande ceux qui les forment puis les utilisent? Car ils sont utilisés et ça semble révoltant.
Oui mais (et c'est là le génie de la narration) en nous mettant à leurs places on comprend justement qu'ils ont une âme, et une vie, différente de celle que nous vivons nous-même. Une vie cependant. Une vie livrée à l'ignorance qui donne lieu à de fausses croyances, telles des rumeurs porteuse d'un espoir qui aide à la traverser de la manière la plus douce possible. Comme nous. Un vie bouleversée par l'amour, la jalousie, le désir charnel, tous ces sentiments très humains et incontrôlables qui font autant souffrir qu'exulter. Comme nous. Une vie dictée par l'arbitraire et l'absurde d'une mort qui tombe sans qu'ils aient leur mot à dire. Comme nous. Une vie passée à comprendre qui ils sont sans jamais vraiment trouver un sens véritable à tout ce qui les entoure. Comme nous.
Alors finalement, où nous mènent nos révoltes et nos luttes contre ce qui au bout du compte nous dépasse et que nous combattons perpétuellement sans jamais en venir à bout: l'imprévisibilité de la mort, des sentiments et la découverte du sens d'une vie à priori absurde?

Et c'est ça pour moi la claque de ce film qui est loin, très loin du film de science fiction.

De nombreux sujets comme la recherche identitaire ou la marchandisation du corps et la valorisation de la vie humaine sont évidemment abordés. Je pourrais en parler très longuement mais cela vous priverait du plaisir de vous faire votre propre opinion.



 
Un film à voir, absolument.












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